L'interview Vérité ...

Gaétan Letrusel (GL):  Pouvez vous expliquer pourquoi et comment vous m’avez créé?

Laurent Ségalen (LS): Tout d’abord, je dois expliquer le cheminement qui m’a mené à écrire un roman, en l’occurrence ‘CREDIT FRIC A BREST ’. J’ai toujours eu une envie secrète de prendre un jour la plume et de raconter une histoire qui tienne le lecteur en haleine tout en lui racontant des moments de vie vécue.

GL: D’accord mais vouloir c’est une chose, passer à l’acte, c’est autre chose!

LS: Justement, mon cheminement depuis ces cinq dernières années a permis ce pas décisif.

GL: Qu’ont eu, de si spécial, ces dernières années pour provoquer le déclic?

LS: Deux faits marquants : Premièrement, un accident de parcours professionnel et deuxièmement une expérience de théâtre qui a été surtout ponctuée par l’écriture collégiale de deux pièces, créées et présentées par la troupe TVA de Bourg-Blanc (ma commune est situé.près de Brest).

GL: Comment passe-t-on du théâtre au roman policier?

LS: La fabuleuse expérience du théâtre a permis de voir qu’il était possible de créer des textes et de les présenter avec un certain succès en restant modeste sur le niveau culturel de ce qui est créé. J’ai pensé que pour un roman policier, la constatation vaut également. La grosse différence d’avec le théâtre est dans la diffusion : Le théâtre se joue en direct, le roman se lit où on veut, quand on veut et surtout à l’allure que l’on veut. C’est cette dimension de facilité qui en fait sa force. Je me suis donc dit que l’écriture de théâtre et son interprétation ensuite demandaient beaucoup d’énergie pour une durée de vie éphémère, aléatoire. J’avais à cette époque une idée de roman qui me trottait dans la tête et déjà en pleine écriture de la seconde pièce, je me suis mis à noircir de longues pages d’écran.

GL: Avec la ferme intention de faire publier ce livre?

LS: Non, au début, je pensais que ce premier texte serait un galop d’essai pour m’essayer à la technique du roman : inventer et structurer une histoire, imaginer les mises en page, créer des chapitres cohérents et une fin de roman sortant un peu des sentiers battus.

GL: Comment est né mon personnage ? Journaliste puis détective!

LS: Il ne paraissait pas simple de faire apparaître tout d’un coup un détective qui n’aurait pas d’antécédents dans le métier. Par contre, en le faisant apparaître au début comme journaliste, métier que j’avais rêvé de faire quand j’étais jeune, il me paraissait plus simple d’avoir une multitude de relations nouées au cours de sa carrière au Quoréo. Ces relations lui seront utiles tout au long de ses enquêtes à venir sans qu’il y ait à justifier par quelque relation délictueuse antérieure. Par nature, la profession de journaliste dans un quotidien donne des contacts avec toutes les couches de la société.

GL: Et pourquoi m’avoir affublé de ce nom ? enfin surtout de ce prénom ?

LS: Ah bon ? Ce prénom ne te plaît pas ? il aurait fallu me le dire plus tôt ! Maintenant, ç’est trop tard, ça coûte trop cher de faire changer de nom à un citoyen français s’il n’a pas de solide raison de le faire!  Moi, je trouve que ce prénom en vaut un autre. Pour être honnête, j’ai voulu mettre un prénom du même style que Nestor pour Burma, Hercule pour Poirot ou encore Arsène pour Lupin. C’est moins classique que Joseph, Robert ou André. De toute façon, personne ne choisit son prénom. Quand au nom, j’ai opté pour une consonance de type bretonnante mais totalement fictive. Ce nom n’existe pas, tu es donc unique au monde, tu devrais me remercier !

GL: Vu sous cet angle, je ne peux rien dire de plus.. Pour revenir aux aventures que je vais vivre, d’où sort toute cette imagination?

LS: De la stricte réalité qui est souvent bien plus étrange, plus cruelle ou plus bizarre qu’on ne pourrait l’imaginer. Il suffit souvent de les regarder un peu à la loupe et de les replacer dans un contexte. Elles prennent vie avec d’autres faits et finissent par former de nouvelles pages dans lesquelles chacun des lecteurs retrouve une part de son vécu. Je leur montre que moi aussi j’ai vécu des histoires semblables aux leurs et cela peut les rassurer ou leur montrer que d’autres personnes peuvent avoir subi les mêmes accidents de la vie de tous les jours, professionnelle ou familiale. Mes lectrices et lecteurs n’auront pas à chercher de science-fiction dans tes aventures car cela, je ne sais pas le faire, un point c’est tout..

GL: Certaines lectrices auraient préféré que tous les villages mentionnés soient de vrais noms et non travestis !

LS: Ils ne sont pas travestis, ils sont inventés, nuance. Dès le départ, j’ai pris le contrepied de certains romans policiers locaux qui ne sont qu’une carte postale où le lecteur cherche à vérifier la véracité de la description locale au détriment de son implication totale dans l’histoire. Je conçois que le concept des romans locaux fidèles plaise bien. Je n’ai pas fait ce choix, c’est une option comme une autre et d’ailleurs, lors de séances de dédicaces, j’ai souvent été félicité par cette option car elle permettait à ces lecteurs de s’approprier l’histoire. Ils s’imaginaient qu’elle se passait dans leur propre village alors que je n’y mets jamais les pieds. Au moins, je n’ai jamais de contestation sur des rues mal décrites ou des délais de trajets non exacts.

GL: Mais tout peut encore évoluer, il peut encore y avoir des vrais noms de ville ?

LS: Forcément. J’ai cité Brest, il y aura Quimper, Lorient, Rennes, Saint Brieuc et Nantes mais peu d’autres vrais noms. Mes histoires se situeront autour de ces capitales locales dans de vastes territoires riches en histoire(s).

GL: Jusqu’où iront les inexactitudes ?

LS: Ce ne sont pas des inexactitudes, ce sont des libertés totalement admises dans le romanesque donc je vais en abuser sans scrupule.

GL: Et moi, je devrai en avoir des scrupules dans mes enquêtes ?

LS: Forcément, tu me ressembles beaucoup donc il y aura des limites naturelles qui ne seront pas franchies mais ce sera au lecteur de le vérifier !

GL: Et je prendrai beaucoup de risques ?

LS: Sûrement et bien plus que dans les deux premiers romans. Tu es là àl’échauffement donc apprends ton métier et ensuite les choses sérieuses commenceront. Globalement, tu devrais rester dans le milieu économique donc logiquement, tu pourrais rencontrer des seconds couteaux mais à priori pas ou peu de fines gâchettes. Tu ne vas quand même pas te défiler au bout d’une ou deux enquêtes ? Je compte sur toi et les lecteurs aussi, pour un moment!

GL: Doucement quand même, je ne suis plus tout jeune !

LS: Chut! Personne ne connaît ton âge exact et ce ne serait pas gentil de le dévoiler ici!

GL: Merci, quelle grandeur d’âme!